Que peuvent bien avoir en commun méditation, pleine conscience et photographie?  La photographie de paysage demande, surtout durant les aurores et les crépuscules, la maîtrise d’un nombre de paramètres techniques et une conscience de la composition sous une lumière changeant rapidement.  Quelquefois la recherche du point de vue original prend les allures d’une danse autour d’une scène et la prise de décision doit être assurée si on ne veut pas rater une lumière exceptionnelle qui ne se représentera pas de sitôt par exemple.  Également, un stress mal placé et caché peut-être à l’origine du syndrome de la page banche par peur de ne rien trouver à faire d’intéressant ou d’assez bien ou d’original.  Un état commun à toutes les formes de créativité.  Être dans un état de présence calme, le cerveau libre de pensées étrangères et d’attentes ouvre la voie au processus de vision permettant de rêver et de voir l’image.  Le vide évacue la crainte du vide.

Quelquefois la pression se fait sentir, l’obligation d’y aller veut prendre le dessus.  Bien que le temps et le ciel collaborent, l’envie de sortir jouer avec la lumière et la caméra ne sont pas là.  Dans mon cas, la peur de la répétition où de ne rien trouver d’intéressant nourri mes hésitations.  D’autant plus, qu’œuvrant dans la même ville, il est tentant de penser que rien de nouveau ne puisse être fabriqué.  Ceci en dépit du fait que je sais pertinemment que jamais deux jours n’offrent les mêmes conditions de lumière, que les compositions sont variables à l’infini et que je trouverai toujours quelque chose inaperçu lors des visites précédentes, inimaginable avant d’être rendu à destination.  Certaines journées, je pars, l’inspiration semblant figée tel un bloc de béton, la créativité à plat comme la chaussée.  Une fois rendu sur place, je me mets à regarder, déambuler et regarder encore, puis regarder dans le viseur et je prends quelques images.  Regardant dans l’écran derrière la caméra, j’aperçois quelque chose qui demande à être exploré, raffiné ou de passer outre.  Je commence à être absorbé par le jeu et je tourne, baisse ou hausse le trépied, me déplace au besoin, ou change d’objectif afin d’obtenir une image intéressante.  C’est le moment où j’entre dans l’état d’esprit me permettant de voir plutôt que de regarder.  C’est là que surviennent le plus souvent les découvertes inopinées.

Depuis que j’ai entrepris de méditer, j’entre plus facilement dans cette zone me permettant de libérer toute mon attention vers le processus de fabrication de l’image en gestation.  Méditer me permet de pratiquer mon esprit à atteindre le calme plus rapidement et pour des périodes plus longues.  J’ai réalisé que la photographie en elle-même me permettait d’évacuer le stress, jongler avec tous les paramètres de la prise de vue me libérait le cerveau de toutes les autres pensées qui pouvaient s’y retrouver en temps normal.  Maintenant, je peux atteindre cet état de grâce avant de débuter ce qui me permet de penser avec mes yeux plus qu’avec la pensée plus rapidement.

La méditation est à la portée de tous et ne demande que de la discipline et du temps.  Des minutes et de l’énergie que je regagne amplement en concentration et en présence accrues.  Je pratique une forme très connue de méditation non religieuse nommée MBSR ( Mindfulness Based Stress Reduction ) très documentée et dont on peut trouver des instructions facilement sur l’internet pour débuter soi-même.  On retrouve le même concept sous les appellations « Pleine conscience » et « Expérience de l’instant présent » en français et des formations et exercices sur Youtube en particulier.  Si vous pensez être le genre de personne qui n’aura pas la patience et que ça vous paraît fastidieux, vous êtes comme moi avant mes débuts, et c’est probablement que c’est ce dont vous avec exactement besoin!