Ce blogue va vous livrer mes aventures photographiques dont les tribulations se déroulent surtout dans Montréal, ma ville d’adoption depuis 2010. Il sera axé sur mes expériences et mes motivations, au risque de voir se transformer ma pratique sous vos yeux! Il y sera peu question de technique, ce sujet étant traité plus qu’abondamment ailleurs sur le web. En relatant les contextes et les prises de décision derrière les captures que je juge les plus intéressantes, j’espère humblement vous donner le goût de comprendre et d’approfondir votre rapport à l’image tout comme je tente de le faire moi-même par ces lignes. Cependant, puisqu’en photographie, les techniques employées sont indissociables de l’effet recherché et parce que les questions matérielles suscitent la curiosité, voici ma démarche et mon parcours technique en quelques mots.

C’est en voulant valoriser les paysages du terroir de mon coin de pays, Causapscal en Gaspésie, que je me suis mis sérieusement à la photographie. La formation d’architecture, comprenant du dessin, graphisme et de l’histoire de l’art à été le prélude conduisant à la photographie. Dans les campagnes et les villes en Amérique, il y a une grande dichotomie entre ce qui se construit de nos jours, et à la fois les constructions anciennes et le magnifique paysage. L’architecture patrimoniale, bien qu’assez récente au Québec, ne présentait pas cette déconnexion grâce, en grande partie, à l’utilisation des matériaux locaux et des savoir-faire traditionnels. La machinerie qui bouleverse les topographies y est pour quelque chose également. Tout en relevant ce constat, je me suis également mis à faire une photographie de « carte postale » mais mettant en valeur des sujets ne relevant pas toujours de l’attrait touristique mais mettant en avant l’esthétique des structures peu considérées usuellement. Une mise en beauté des paysages, mais tout en y introduisant des structures industrielles, agricoles ou peu valorisées esthétiquement et également en utilisant le contraste entre le moderne et l’ancien.

Mon premier défi fut de transmettre sur pellicule la magnifique lumière traduisant ainsi l’émotion ressentie face à ces monts boisés, bûchés, cultivés, sauvages et habités. Après tâtonnements et diverses lectures formatrices, j’en suis venu aux mêmes conclusions que la plupart des autres photographes de paysage : la lumière devait être à son meilleur et imprégner la scène afin de le montrer sous son meilleur jour. Il fallait la préserver en augmentant la capacité de la pellicule à percevoir plus de contraste, pour se rapprocher de l’expérience réelle livrée par nos yeux et utiliser un moyen de traduire ces résultats sans que le développement influe sur l’image finale.

Concrètement, au temps de l’argentique, le moment du jour devait être bien choisi selon l’atmosphère et l’angle voulu. Des filtres s’avéraient nécessaires afin d’égaliser l’exposition entre le ciel et la terre et de se débarrasser des reflets inutiles. Le rendu, la balance des blancs et la sensibilité, dépendaient du choix de pellicule, le film devait être choisi en fonction du résultat désiré. La diapositive laissait moins de place à l’interprétation du laboratoire et était plus proche de la capture originale, c’était donc le choix logique.

canal_lachine_turning_bridge_sun_flare_nikkor_DSC1776Aujourd’hui, c’est le cadre urbain qui alimente mes préoccupations. Mon but est toujours de valoriser le paysage et la ville qui survit et se transforme sous toute ses lumières. Le numérique offre beaucoup plus de souplesse et laisse le développement dans les mains du photographe s’il le désire, un net progrès dans le contrôle du produit fini. Cependant, j’ai continué de pratiquer avec les filtres neutres et polarisants. Je préfère obtenir une capture plus près du résultat voulu dans la caméra, ce qui me permet de passer moins de temps à l’ordinateur à manipuler les fichiers afin d’arriver à l’image de mes rêves. De plus, les filtres permettent d’obtenir des effets difficilement réalisables avec les logiciels. Comme la pellicule est maintenant remplacée par un capteur, la meilleure option pour obtenir un négatif contenant le plus d’informations possible est le format RAW. C’est celui que j’utilise et qui évite que le fabriquant de boîtier interprète mon image à ma place contrairement au JPEG. Quant à l’interprétation, je tente la plupart du temps de rester près de l’expérience naturelle mais selon le sujet, je n’hésite pas non plus à ajouter mon grain de sel.

Pour passer au numérique, j’ai attendu l’avènement du capteur équivalent au 24 x 35 mm ce qui permet de réutiliser les objectifs du temps de l’argentique et de me procurer des usagers de qualité professionnelle à bas prix, ceux-ci ayant été un moment supplantés par le format DX. J’utilise de moins en moins les zooms et assez souvent les objectifs fixes, affaire de goût, de coût et de qualité d’image. L’objectif fixe coûte moins cher et sa qualité optique le zoom. Lorsque l’hiver arrive, ce dernier fait quelquefois mieux l’affaire, changer une lentille fixe avec des gants, ou à mains nues dans le froid, est possible mais le confort d’avoir un choix de focales sans avoir à retirer le porte-filtre et l’objectif, l’emporte. Un défi intéressant consiste à n’emporter qu’un objectif et à voir en fonction de la focale qu’on a uniquement. Comme le bord des cours d’eau est très attirant, ne pas avoir le choix est frustrant puisqu’on ne peut pas toujours se rapprocher ou s’éloigner physiquement du sujet. Laisser tomber une composition unique par sa lumière spéciale qui ne reviendra pas de sitôt crève parfois le cœur si on a pas la focale idéale avec soi. Le choix dépend du compromis qu’on est prêt à faire cette journée là.

Dernier truc de fabrication (pas vraiment un secret, comme le reste…): les longues poses et la sensibilité la plus basse possible. Pour cinq raisons: la sensibilité ISO basse évite de créer du bruit numérique, les reflets dans l’eau deviennent beaucoup plus lisses lors d’un long temps de pose s’il y a des vagues, les nuages courent et le résultat s’avère plus doux, les phares d’automobile et bateau révèlent la dynamique de leur présence en traces lumineuses et pour rendre véhicules et personnes floues ou invisibles lorsque la composition ou un effet le demande. Un trépied solide contribue à l’assise de presque toutes mes compositions.

Voilà le billet faisant exception à la règle en vous livrant mes secrets de fabrication et mon approche. Tout ces « trucs » se trouvent répétés en abondance sur d’innombrables blogues et articles, mais il y a toujours un intérêt à connaître la méthode spécifique derrière les images d’un photographe, ne serait-ce que pour constater comment la démarche est appuyée par la technique. Les prochains articles seront plus axés sur « le petit chemin » qui mène à l’image, ce qui me motive et ce que je tente de communiquer.